East Africa 🌍 TANZANIE 🇹🇿 - 11 - Découverte d'un village Masaï.

 EA - TANZANIE - 11 - DECOUVERTE D'UN VILLAGE MASAÏ 

12/06/2024, Mudhouse, Tanzanie.


Cet après-midi, nous avons enfin prévu de nous rendre au centre du village de Wasso ! Salomé a demandé à Tuluya, le garde Masaï, de nous accompagner. En sortant, je me rends compte qu'Esther, mon élève de ce matin, fera également partie du périple. Je pense que Salomé se repose dans sa chambre. Nous partons donc avec grand-mère, Mathilde et nos deux compagnons Masaï. Esther nous fait bien rire avec ses tongs et sa longue robe rose. On dirait une princesse dans la savane. Elle espère être avocate. Nous dit qu'elle aime bien avoir le contrôle des situations et c'est vrai qu'elle a l'air d'avoir de la poigne. Elle rigole tout le temps. Elle est très tactile, c'est culturel. Elle remet souvent des mèches de cheveux derrière mes oreilles. Sur le chemin, une route en terre, elle nous apprend notamment avoir été la présidente d'une sorte d'association anticorruption dans son école. Il fallait qu'elle rapporte discrètement tout évènement suspect à ses supérieurs. La corruption est généralisée dans le pays. C'est un problème notamment à l'hôpital lorsque ceux ayant plus d'argent passent avant les plus souffrant. 





Au bout d'un moment, Tuluya et Esther nous indiquent un détour que nous allons faire avant d'aller à Wasso. Il nous permettra de voir un peu du coin, découvrir la splendeur de la nature environnante. Nous sommes un peu confuses, nous qui pensions nous rendre directement à Wasso sans épuiser grand-mère. Nous devions en avoir pour une demi-heure aller et une demi-heure retour. Mais Esther insiste avec un grand sourire pour un détour d'une demi-heure et grand-mère finit par accepter, probablement par obligation.

Pourtant, le trajet n'en fini plus et nous continuons de nous éloigner de Wasso. Le paysage est splendide, Esther nous parle des plantes, des animaux, des coutumes Masaï. Cette plante là indique qu'il y a de l'eau dans les environs. Celle-ci sert à dissuader les bêtes d'entrer dans les champs. Cette feuille sert à soigner les mots de ventre. Ce fruit de cactus se mange. Etc. Etc. Nous sommes enchantées de la marche mais grand-mère ne semble pas très à l'aise avec le fait que nous montions la colline sans nous rapprocher du but. Plusieurs fois nous demandons à Esther de prendre en compte les forces de bibi (grand-mère). Mais la jeune femme continue de rigoler de plus belle en disant "Bibi strong". Elle n'a pas l'air de vraiment prendre en compte nos remarques. Grand-mamou montre toujours une image d'elle-même si forte et infatigable, qu'evidemment cela encourage les gens à la pousser au-delà de ses forces réelles... Nous croisons beaucoup d'enfants s'occupant du bétail. Je suis impressionnée de les entendre tous parler anglais, ou du moins d'en connaître les bases. 





Esther m'apprend que nous allons chez elle, et qu'elle va nous présenter sa mère. Je suis à la fois extrêmement honorée de cet accueil et embêtée vis à vis de grand-mère et Mathilde qui pensaient aller à Wasso. Lorsque je leur transmet l'info, je vois leur tête se décomposer. J'essaye de relativiser la situation, de rappeler que nous n'avons pas d'urgence à aller à Wasso. Cela fait aussi partie de l'aventure de sauter sur les occasions qui nous sont présentées. On dit d'ailleurs souvent que la vie commence quand arrive un imprévu. Le problème évident reste l'énergie de grand-mère en cette fin de journée. Celle-ci s'inquiète en voyant une maison plus haut dans la colline. Je demande à Esther où nous allons et elle tend en effet son bâton vers cette direction. Après avoir sondé Grand-mamou, nous décidons d'annuler le plan Wasso pour aujourd'hui, et de monter tout de même au village d'Esther. Tuluya ne parle pas anglais, je n'arrive pas à savoir s'il était dans le coup ou pas ahaha Bref, direction la maison de boue d'Esther et sa famille.

Nous passons de paysages en paysages, il faut passer un pont en bouts de bois. Encore une fois nous prenons peur pour grand-mère mais elle nous prouve de nouveau qu'elle est une vraie warrior. Nous sommes témoins de l'érosion des terres et des grandes fosses qui se créent dans les villages-mêmes. Cela fait craindre qu'avec le temps les maisons ne soient englouties. Esther n'a pas l'air de s'en inquiéter plus que ça. Je note également les poteaux qui devraient bientôt servir à alimenter le village en électricité. Enfin, nous apercevons sa maison, et son père là-bas au loin qui prépare des graines. Sur tout le chemin, je ne cessais de lui redemander comment saluer ses parents lors de notre rencontre. J'oubliais constamment le terme "Subah". J'ai d'abord salué la mère mais tandis que je baissais la tête par signe de politesse, elle me serrait la main. Puis, nous sommes allées voir le père et cette fois-ci il a bien vu que je baissais la tête et il a passé sa main dessus comme il est coutume de faire avec les jeunes. Esther était trop contente de ce geste rituel et ça me ravissait de la rendre fière devant son père. Puis, nous avons été priées de nous assoir dans la maison de boue, à une table, sur des bancs. La Mama nous a servi des tasses et ce qu'elle appelle du thé (chai). Il s'agissait en réalité de lait de leur bétail, avec de l'eau et du sucre. Je craignais un peu de boire une tasse entière de lait, moi qui suis peu tolérante. Mais j'étais très tentée de goûter et aurait fini le breuvage même s'il était infecte. Grand-mère quand à elle s'est excusée longuement de ne même pas goûter car elle ne boit pas de lait. Heureusement que la mère était sortie et ne s'est rendu compte de rien. Esther a proposé de lui servir autre chose, mais tout allait bien, pas de soucis ! C'est finalement notre garde Masaï Tuluya qui s'est chargé de boire la tasse de grand-mère (après la sienne ahaha). Avec Mathilde, nous avons initié nos deux compagnons Masaï au rite francais de trinquer. Nous avons choqué nos tasses entre elles et dit "Chin". Tout le monde s'est pris au jeu. Puis, c'était l'heure de goûter. J'ai adoré. C'était vraiment excellent et très facile à terminer. Tellement sucré que l'on ne sent même pas le lait. 

Nous avons parlé de sa famille. Deux photos étaient en effet exposées sur ce mur en boue. Une photo de sa sœur, Chimoy. La première enfant sponsorisée par la Mudhouse Children's Foundation et à obtenir son diplôme en tant que biologiste pharmaceutique. Elle est très belle et rayonnante sur la photo. Les parents doivent être très fiers de leurs enfants. Sur la deuxième photo, la mère. Elle rayonne tout autant. Esther en profite pour s'éclipser dans la chambre derrière le mur où je suis adossée. Elle m'avait promis un cadeau en signe de notre amitié. Tandis que Tuluya s'impatiente et que le soleil (jua) se couche, la jeune femme finit par sortir. Elle offre tout d'abord un bracelet Masaï à grand-mère. Je trouve le geste magnifique. Puis elle offre à Mathilde et moi un foulard Masaï bleu. Elle prend soin de m'aider à le mettre et faire un nœud. Avant de partir, nous prenons une photo avec ses parents. Le moment est majestueux. Les bêtes courent de partout autour. La lumière de fin de journée dore nos yeux. Au revoir, au revoir, merci, merci, Asante sana. 











































Nous descendons le village des souvenirs plein la tête. J'ai presque les larmes aux yeux devant la beauté du moment. Je pense à grand-mère et suis tellement heureuse de créer ces images avec elle et Mathilde. Tout ce que j'avais pu espérer est en train de se réaliser. Quel instant précieux... et cette lumière ! Des enfants nous font signe de la main. Une jeune fille commence à marcher avec moi et nous parlons pour un temps. Son prénom veut dire "Celle qui a un grand cœur". Je lui apprends que le mien veut dire "guerrière". On se sourit comme si nous venions de conclure un pacte d'amitié. Elle a huit ans mais rêve déjà de devenir guide touristique. Elle s'amuse à me parler de ce que nous voyons en chemin. Puis, après cette parenthèse furtive, elle me demande si elle peut garder un souvenir de moi. Elle semble si heureuse de s'en aller chercher de l'eau dans le torrent avec mon élastique à cheveux autour du poignet. 

Plus loin, trois enfants de six ans. Je m'arrête pour les saluer. Je dis "mambo" et ils me répondent avec surprise et joie évidente "powa". La petite fille me demande mon prénom et je demande le sien en retour. En m'éloignant je lui dis au revoir. Je les entends encore crier et rire de bonheur tandis que je ne les vois déjà plus derriere les arbres. Leur mains ne cessant de nous saluer encore et encore. Et leurs sourires...

Grand-mère fatigue et nous ne voyons pas le bout. Nos compagnons Masaï nous avait dit que le chemin serait direct cette fois-ci jusqu'à la maison de Salomé. Or cela fait presque une heure et nous craignons pour grand-mère. Je ne trouve par ailleurs pas correct de ne pas nous avoir prévenu au début des conditions. Je n'ai personnellement pas pris d'eau, considérant que nous allions en ville. Je n'ai pas non plus les chaussures adaptées pour marcher dans les arbres et monter des collines. Grand-mère fatigue et nous ne voyons pas le bout décidément. 

Esther loupe une intersection alors nous remontons un petit bout du chemin. Je suis mitigée entre les étoiles dans les yeux qui ne me quittent pas depuis le village Masaï, et la tournure que prend les événements. Puis, nous constatons une rivière. Qu'il faut traverser. Pieds nus. Alors personnellement, j'adore le concept. Mais pour ma grand-mère, pardon ? Vous comptez la faire traverser ? Ma petite grand-mamou... Considérant que nous n'avons pas le choix et que le soleil se couche vite, nous ôtons nos chaussures et traversons les quatre mètres qui nous séparent de l'autre rive. Grand-mère est aidée par Tuluya. Hélas, en plus de tout cela nous ne faisons pas attention à une fourmilière et en avons plein les pieds et les jambes. Elles montent, elles montent, haaaaa ! Horrible, comme sensation ahaha Nous remettons nos chaussures et espérons en avoir fini avec les mésaventures. 

Puis nous marchons, nous marchons. Il nous faut passer un champ de blé. Ma pauvre grand-mamou.... et Esther qui continue de rigoler. Grand-mère fatigue, chute par moment. Ça nous crispe de compassion avec Mathilde. Nous avançons avec la lampe torche de nos téléphones. Je finis par prendre Esther à part et lui explique que ce n'est pas acceptable de nous avoir plongées dans ces conditions avec bibi. Parce que "bibi strong" certes mais là, bibi fatiguée et bibi fragile. Le champ de blé n'en finit pas... Je pense qu'Esther a intégré mes propos et s'excuse d'avoir ri. Elle est désolée envers bibi. 

Heureusement, nous finissons par arriver à la maison vers 19h20, sans mauvaise blessure. Grand-mamou n'espère qu'une chose, prendre une bonne douche et se reposer ! Elle n'a même pas faim. Hélas, l'eau est coupée car Hussein répare les toilettes. Et nous sommes attendues pour manger. Nous sommes très embêtées lorsque Salomé nous explique qu'elle s'est rendue à Wasso et a tourné en rond dans le village sans nous trouver. Puis qu'elle est rentrée inquiète sans savoir où nous étions. Heureusement elle fait entièrement confiance à Tuluya. Nous tentons de lui expliquer que nous avons suivi notre guide Esther et avons été emportées par le courant. Nous nous excusons qu'elle n'ait été mise au courant. J'ai bien peur que Tuluya et Esther aient été réprimandés par la suite. Surtout Tuluya qui est la bonté incarné et a seulement veillé à notre sécurité. 

Nous passons à table avec le couple. C'est toujours perturbant de voir les deux jeunes femmes manger de leur côté dans la cuisine. Ce midi, il n'y avait que grand-mère, Mathilde et moi-même à table. Nous avons donc proposé aux filles de se joindre à nous. Veronica, qui parle anglais et est aussi étudiante à la Mudhouse, s'est timidement joint à nous. Or dès que la voiture de Salomé est entrée dans le jardin, la jeune fille s'en est enfuie et est retournée dans la cuisine en emportant son assiette...

Ce soir, nous poursuivons le partage d'expériences avec Matthew et Salomé. Cette dernière a l'air fatiguée. Nous savons qu'elle est diabétique. J'espère que ça va aller. Nous terminons la journée par un thé convivial. Puis, enfin, il est l'heure des douches et du coucher. Ce sera une nuit bien méritée. Quelle journée !

Bises à tous, je pense à vous 😘













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